7 tendances qui inventent le supermarché de demain

Les uns le rêvent collaboratif, les plus malins l’uberisent, les technophiles le phygitalisent,les pragmatiques le court-circuitent, les idéalistes l’éco-responsabilisent, les gourmets le foodpornisent et les fainéants le dématérialisent. Finalement, à quoi ressemblera le supermarché de demain ?

Les alternatives émergentes sont variées, mais ont toutes le même objectif : réinventer le supermarché pour apporter des solutions adaptées aux consommateurs déçus de la grande distribution. 

Le Supermarché Idéal a identifié 7 grandes tendances pour vous aider à y voir + clair.

Le-futur

1 – Le Supermarché Collaboratif

Des dizaines de projets aux 4 coins de France et d’Europe souhaitent rendre le supermarché plus collaboratif (BeesCoop à Bruxelles, La Louve à Paris, SuperCoop à Bordeaux, SuperQuinQuin à Lille, Coopéco à Charleroi, The People’s Supermarket en Angleterre…etc)

Pour l’instant, la plupart sont seulement en projet mais de belles communautés les soutiennent. Leur modèle à tous : Park Slope Food Coop, un supermarché collaboratif né dans les années 70 à New-York.

Le principe : vous pouvez être client du supermarché à condition d’acheter une part (pour devenir membre coopérateur) et de contribuer à hauteur de 3h/mois bénévolement aux tâches de gestion du magasin. Le client devient alors un vrai « consommacteur« .

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L’avantage : Proposer des prix + bas à qualité équivalente, en économisant le coût de la masse salariale grâce au bénévolat.

Le risque : La fiabilité et la difficulté de coordination d’une multitude de bénévoles investis à hauteur de seulement 3h/mois.

La critique à prévoir : Faire des économies grâce au bénévolat, ça pourrait être mal vu quand le taux de chômage explose.

Le bémol : Le modèle New-Yorkais sur lequel toutes ces initiatives se basent a mis un peu de temps à devenir viable, et est désormais ultra-saturé.

 

2 – L’Uber-marché

L’ubérisation, c’est l’élément de langage fourre-tout que l’écosystème startup adore détester. Il décrit un nouveau « business model » qui disrupte un modèle obsolète en utilisant le digital pour mettre en relation des humains avec des ressources existantes sans en être le propriétaire ou l’employeur*

Dans l’univers alimentaire, qui n’a pas entendu parler de La Ruche Qui Dit Oui ?

C’est un chouette réseau de 700 mini-supérettes qui ne possède aucun lieu physique et n’emploi aucun personnel. Le principe, c’est que n’importe qui peut décider d’organiser une collecte de produits locaux à redistribuer aux clients du quartier. Cela revient à améliorer le système des AMAP puisque La Ruche apporte la souplesse qui manque aux AMAPS en n’imposant ni régularité d’achat ni de panier pré-configuré.

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Le concept est plutôt sexy, l’initiative est saluée quasi-unanimement, malgré quelques dérives qui peuvent froisser les producteurs concernés. Les clients risqueraient de l’être aussi -froissés- s’ils venaient à retrouver les produits sélectionnés par leur Ruche à moitié prix dans le Leclerc voisin. Mais ces cas sont encore très rares, le projet étant porté par des valeurs sincères.

L’avantage : Court-circuiter la Grande Distribution en relocalisant l’économie à l’échelle du quartier.

Le risque : La maitrise de la qualité des produits d’une Ruche à une autre, qui dépend de l’engagement du responsable de la Ruche dans la sélectivité des produits mais sans être standardisé.

La critique à prévoir : certains responsables de Ruche, à l’instar des chauffeurs Uber, protestent contre la maison-mère sur le fait de devoir reverser 50% de leur commission alors qu’ils fournissent une grande partie du boulot (recherche de producteurs, d’un local, de clients), bien que La Ruche fournisse à la fois la structure en ligne et une image de marque grandissante.

Le bémol : certaines Ruches deviennent des business (trop?) lucratifs avec parfois + de 1500 clients actifs, laissant imaginer la difficulté pour les producteurs partenaires d’approvisionner la Ruche dans les quantités attendues. Vont-elles devoir solliciter des producteurs adeptes de l’agriculture intensive pour y remédier ?

Bref, on ne peut pas avoir Uber et l’argent d’Uber !

*Airbnb est le + gros site hôtelier sans posséder la moindre chambre d’hôtel, Uber est devenue la plus grosse flotte de « taxis » au monde sans salarier le moindre chauffeur, et BlaBlaCar transporte 20 millions de covoitureurs en 2015 sans posséder le moindre moyen de transport.

 

3- Le Supermarché « Phygital »

Le principe du Phygital, c’est d’intégrer les technologies du digital dans un lieu de vente physique, pour améliorer l’expérience en magasin et faciliter l’acte d’achat.

Cette tendance est particulièrement émergente dans les enseignes d’équipement ménager ou électronique pour éradiquer l’effet « showrooming » que nous connaissons tous : venir voir et tester les produits en boutique pour les acheter plus tard depuis notre canapé chez un concurrent proposant le meilleur prix et le meilleur service de livraison.

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Dans le cadre d’un supermarché alimentaire, l’utilisation du digital permettrait par exemple de supprimer le temps d’attente en caisse (via des bornes de paiement NFC), d’avoir accès à davantage d’informations sur le produit, l’origine, la composition (comme le proposait le supermarché du futur lors de l’Exposition universelle 2015 à Milan), de recevoir un ticket de caisse électronique plutôt que papier, de profiter de promotions personnalisées sans être submergées de celles qui ne nous concernent pas…etc

L’avantage : capter les générations Y et Z également appelées « digital natives »

Le risque : faire fuir les générations moins habituées au digital

La critique à prévoir : à ce rythme là, dans 15 ans les robots remplaceront les humains !

Le bémol : le coût de l’investissement initial pour équiper un magasin physique

 

4 – Les magasins de producteurs

L’idée des magasins de producteurs, c’est de fonctionner en circuit-court en supprimant tous les intermédiaires entre le producteur et le consommateur, pour assurer une logistique directe « de la fourche à la fourchette ».

Le magasin de producteurs, s’il est une des alternatives de demain, est surtout un  retour à un mode de distribution traditionnel. Il offre une traçabilité qui répond aux angoisses du consommateur inquiété par les récents scandales alimentaires, il réhumanise le rapport à l’aliment et à celui qui le produit, et s’appuie sur pas mal de bons sens environnemental

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L’avantage : Valoriser le travail des agriculteurs, en leur assurant une meilleure rémunération.

Le risque : les prix sont souvent + élevés que dans les supermarchés traditionnels, car ces magasins n’ont ni les volumes nécessaires ni la puissance de négociation des centrales d’achats nationales de la Grande Distribution

La critique à prévoir : la notion de « local » est rassurante mais attention à ne pas tomber dans le piège : elle n’est pas automatiquement synonyme de « qualité »! Même à côté de chez vous, certains agriculteurs sacrifient la qualité au profit de la rentabilité.

Le bémol : La démarche peut paraitre moins honnête lorsque le magasin de producteurs est (in)directement affilié à une grande enseigne.

 

5 – Le Supermarché Eco-responsable

Celui-là, il est encore loin d’exister, tellement la promesse semble utopique. S’il est encore difficile de définir un modèle de supermarché 100% éco-responsable du sol au plafond,  ce ne sont pas les projets et les initiatives qui manquent.

Jean Bouteille réhabilite le système de consigne avec brio.

Zéro Gachis tente d’éradiquer le gaspillage alimentaire dans les rayons des supermarchés traditionnels.

Future Of Waste fédère les porteurs de projet qui recyclent les invendus en confitures, des confiseries, ou en bocaux.

Pochéco démontre que l’on peut éco-concevoir une entreprise d’enveloppes du sol au plafond.

Le mouvement Zéro Waste France inspire de nombreux commerçants à adopter une démarche anti-gaspi.

Le label Gueules Cassées réhabilite les produits moches.

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A moins de ne pas lire la presse, vous n’avez pas pu passer à côté de la tendance du « Vrac », qui permet de supprimer les emballages et de vous faire acheter la « juste dose ». Si BioCoop  est souvent cité en référence, elle ne propose qu’une partie de ses produits en vrac, tandis que l’enseigne Day by Day s’est positionnée exclusivement sur le 100% vrac et a déjà ouvert une 10aine de boutiques en France.

L’avantage : consommer sans faire de mal à sa planète pourrait devenir une fierté !

Le risque : la crainte que l’investissement nécessaire pour éco-concevoir le supermarché impacte le prix des produits.

La critique à prévoir : trop contraignant et fastidieux pour les consommateurs.

Le bémol : bien que Day By Day supprime les emballages en proposant du vrac, l’enseigne ne s’engage pas pour autant sur la qualité et la provenance des produits.

 

6 – Le Super FoodPorn

A Paris on pense forcément à La Grande Epicerie, à Lafayette Gourmet, mais ici on a plutôt un coup de coeur pour La Maison Plisson, ou Causses. En Europe, on pensera aussi à Cru en Belgique, ou à Eataly en …Italie (l’enseigne existe aussi aux US et débarque à Paris en 2016)

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L’intelligence du concept orienté « FoodPorn », c’est qu’en misant sur les meilleurs produits, les plus beaux packaging, les ambiances les plus conviviales et les expériences gustatives les plus incroyables, il restera indémodable tant que la France veille à rester la nation de la gastronomie. Des 7, c’est sans doute la tendance la mieux installée pour le futur même si elle ne concerne pas toutes les bourses.

L’avantage : répondre au besoin impulsif de plaisir gustatif pour tous les gourmets.

Le risque : devient de + en + marginalisant au fur et à mesure que la part du budget des français attribuée à l’alimentaire diminue (20% du budget global en 2015 vs 36% en 1960 – Le Figaro)

La critique à prévoir : bien se nourrir ne devrait pas devenir un luxe.

Le bémol : une offre premium s’accompagne souvent d’un prix premium.

 

7 – Le 100% online

A l’ère du tout internet où nous avons tous un smartphone en main, le consommateur a-t-il vraiment le besoin (et l’envie) de se déplacer pour faire ses courses ? En fin de compte, les supermarchés physiques ont-ils vraiment une raison d’être dans les prochaines décennies ?

En attestent l’explosion du Drive en zones périurbaines et l’arrivée du Drive piéton en zones urbaines, l’essor de la livraison de repas à domicile (Take Eat Easy, Pop Chef, Deliveroo), l’engouement des acteurs internationaux pour la livraison de vos courses à domicile (Instacart, Amazon Fresh, UberEats) et la naissance de quelques acteurs locaux (Le Comptoir Local à Paris ou Localizz à Marseille)

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Sans parler des services de livraison de recettes à domicile qui permettent aux citadins aisés de recevoir des kits prêts à cuisiner, à l’exemple des Commis ou de Cook Angels.

L’avantage : Un gain de temps précieux, à condition que l’application ou le site web soit suffisamment ergonomique et intuitif et que le service de livraison soit efficace.

Le risque : Perdre tout contact avec la société à force de tout commander depuis son canapé.

La critique à prévoir : Permettre de faire ses courses en ligne, c’est la solution de facilité qui conforte la fainéantise du consommateur au lieu de lui redonner le plaisir de se déplacer.

Le bémol : Il reste difficile de proposer à domicile une expérience d’achat digne de ce nom dans l’alimentaire, en témoigne la faible part de marché de la vente en ligne chez les grands distributeurs (environ 6% du CA global)

 

Si ces 7 concepts reflètent les tendances actuelles de la distribution alimentaire, ils ne couvrent pas l’ensemble des possibilités. Le Supermarché Idéal reste attentif à toutes les nouveautés et à toutes les initiatives ! Vous en connaissez d’autres ou n’êtes emballé par aucune de ces 7 tendances ? Laissez un commentaire ou écrivez-moi à hugo.caffarel@gmail.com

Hugo

 

 

 

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3 commentaires sur « 7 tendances qui inventent le supermarché de demain »

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